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en 1961, dans l'est algérien aux côtés de Ahmed Betchine -le frère cadet du général Mohamed Betchine- mort au combat. A l'indépendance, il est récupéré par la Direction de la Sécurité militaire. Comme tous les officiers de cette structure de l'armée, il effectue un stage de formation en URSS, au sein du KGB. Il doit son ascension à Chadli Bendjedid, auprès duquel il a travaillé dans la 2 ème Région militaire en qualité de directeur régional de la S.M. Il y noue d'excellentes relations avec le futur président de la République et son chef d'état major, Larbi Belkheir. Au bout de trois années, le lieutenant colonel Kasdi Merbah, alors directeur de la Sécurité militaire, doit le muter dans une autre région. A son grand étonnement, le colonel Chadli Bendjedid intervient pour demander le maintien du lieutenant Tewfik. Merbah ne peut qu'accéder au souhait du chef de la 2 ème Région et membre du Conseil de la révolution, instance dirigeante du pays du temps du président Boumediene. Fin 1978, le président Boumediene décède et c'est le colonel Chadli qui lui succède à la tête de l'Etat algérien. Le lieutenant Tewfik, qui vient de passer capitaine, est l'homme de confiance du président et de la belle-famille. Il réintègre la direction centrale pour quelques temps avant de se voir nommé au poste d'attaché de défense en Libye en 1981. Quelques années plus tard, il gagne en galon et est nommé à la tête de la sous-direction de la Sécurité de l'armée sous le commandement du général Lakehal Ayat, directeur central de la Sécurité militaire. Encombrant et soupçonné d'être l'œil du clan Belkheir dans les services secrets, où de nombreux officiers supérieurs commencent à envisager le départ en douce du président Chadli, Tewfik est nommé directeur central du génie militaire à la faveur de sa promotion au grade de lieutenant-colonel, en 1987. Il est le seul directeur central à ce grade au ministère de la Défense. Tous les autres directeurs centraux sont colonels ou généraux. Son éloignement de la S.M. devrait donc être perçu comme une promotion dans la fonction. Mais très vite, il déjoue « le complot », et sous l'influence de sa belle-famille, le président de la République signe, trois jours après cette nomination, un nouveau décret par lequel le lieutenant-colonel Tewfik est désigné à la succession du général Hocine Benmallem à la tête du Département des Affaires de Défense et de Sécurité (DADS). Ainsi Tewfik aura-t-il à chapeauter tous les services de sécurité (police, S.M. et gendarmerie nationale). A ce poste, il va sortir le grand jeu et s'imposer comme l'un des décideurs les plus influents du pays. Après le départ du général Lakehal Ayat, il retrouve les services de sécurité en qualité de Directeur central de la Sécurité de l'armée en remplacement du général Mohammed Betchine qui succéde à Lakehal Ayat à la tête de la Délégation Générale à la Prévention et à la Sécurité (DGPS), nouvelle dénomination des services de renseignements algériens à la suite de la restructuration de la Direction de la Sécurité Militaire intervenue en septembre 1987. La démission de Betchine en octobre 1990 lui permet de mettre sous sa coupe tous les services de sécurité en créant le Département du renseignement et de sécurité (DRS) qui chapeaute la Direction du contre-espionnage (DCE), la Direction de la sécurité extérieure (DES) et la Direction de la sécurité de l'armée (DCSA). De tous les directeurs nommés en 1990 à la tête de ces structures, seul Smaïl Lamari a été maintenu, à ce jour. Il rappelle de sa retraite Ali Tounsi, un ancien de la Sécurité militaire, pour le placer à la tête de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN), afin d’en faire un appendice du DRS. Evitant le contact, même avec ses plus proches collaborateurs, voyageant peu, évitant autant que possible les médias, Tewfik cultive le mythe autour de sa personne. La seule photo que connaît de lui l'opinion publique est celle parue dans « Les mémoires du général Nezzar », où on le voit avec un groupe d'officiers supérieurs. Il a fallu que le site du Mouvement Algérien des Officiers Libres affiche sa photo d'identité pour que son visage se révèle aux gens. Au mois d'avril 2001, le quotidien " El Watan " publie cette photo à la une en annonçant son départ. C'est la première fois qu'un organe de la presse algérienne ose consacrer un article au « puissant patron du DRS ». De nombreux officiers supérieurs avouent ne l'avoir jamais rencontré. Même les cadres des services le voient rarement, pour ne pas dire jamais. Ils étaient nombreux, mes anciens collègues, à s'étonner d'apprendre que le général me recevait régulièrement dans son bureau (quatre mercredis de suite) avant l'obtention de ma radiation en 1992. L'un d'eux me lança un jour : « Si je ne t'avais pas vu de mes propres yeux entrer dans son bureau, je ne l’'aurais jamais cru. Et en plus tu te permets de refuser toutes ses propositions... » Un autre m'interrogea, en plaisantant : « Comment est fait l'ogre ? Est-ce vrai qu'il marche courbé? » Effectivement, le général Tewfik marche légèrement courbé. Selon Mohammed M'gueddem, l'ancien chef du département de la communication du président Chadli, il aurait un anus artificiel. « Il est à l'origine de tous les maux de l'Algérie », me dit un jour un de ses proches collaborateurs qui ne le porte pas vraiment dans son cœur, comme beaucoup d'autres officiers, d’ailleurs Il est soupçonné d'avoir détourné des dizaines de milliards de dollars. Mais personne ne lui connaît une quelque association avec un affairiste. On se demande souvent à quoi pourraient lui servir tous ces milliards puisqu'il ne voyage pas, vit comme un rat cloîtré entre son bureau et sa résidence, toujours accompagné d’au moins quatorze garde du corps. C'est une véritable énigme ce Tewfik. Même les cigares qu'il fume, il ne les paie pas. Ce sont les officiers en poste à l'étranger qui les lui offrent. Evidemment, lui aussi, fait dans le racket des diplomates.
Chapitre V
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