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Algérie
 

 

Oran a brûlé pour une balle ronde

300 blessés et le wali réquisitionne la gendarmerie

 


Les manifestations se sont poursuivies, hier encore, dans plusieurs quartiers d’Oran et semblent désormais n’obéir à aucune logique. 300 émeutiers ont été arrêtés. La gravité des faits a conduit le wali d’Oran à réquisitionner la gendarmerie nationale pour intervenir en cas d’autres dérapages.


Oran meurtrie à son corps défendant reste la proie des pilleurs. Sur fond de crise et d’odeurs de pneus brûlés, les habitants commencent à manifester des signes de nervosité et reprochent aux services de sécurité le «laxisme», alors que ces derniers déclarent qu’ils maîtrisent la situation et que les mutins sont maintenus dans leurs fiefs respectifs. Selon les déclarations d’un officier supérieur, la Police a payé un lourd tribut lors de ces trois jours d’émeutes; le nombre des blessés a encore augmenté pour avoisiner la cinquantaine.

 

En l’absence de feux de signalisation et des policiers, la circulation sur les axes routiers encore empruntés est anarchique. Les déplacements nocturnes sont dangereux. Une fois la nuit tombée, la ville semble être sous état de siège. Le jour, les institutions publiques restent fermées et n’assurent pas de services, depuis le début des évènements. Les commerçants n’ont pas levé pour le troisième jour de suite leurs rideaux. Même si les marchés de proximité ont continué à offrir leurs services, nonobstant quelques incidents sporadiques dans certains souks, les déplacements restent difficiles. «Les transports sont carrément paralysés et les déplacements intra-muros quasi impossibles. Les transporteurs clandestins imposent des tarifs mirobolants «, se lamenteront les Oranais. Oran est abruptement paralysée. Dans ce climat délétère, tout le monde a peur de tout le monde. D’après des citoyens, «si ce pathos continue, les dégâts seraient plus préjudiciables et atteindront un point de non-retour.

 

A chaque instant qui passe, les émeutiers reprennent confiance et redoublent de férocité. Pareillement, les opportunistes et les pilleurs préparent les stratégies les plus diaboliques «. L’image la plus expressive est celle de ce commerçant du boulevard Adda Benaouda (Ex Hyppolite Giroud ) qui pleurait devant son magasin alors que les jeunes se servaient sans scrupules. Des mères de familles ont même emporté leurs bijoux et leurs objets précieux dans des lieux sûrs, apprend-on auprès d’elles. Ceci pour dire que la ville peut glisser dans le chaos et c’est ce que d’ailleurs pressentent tous nos interlocuteurs. «Nous nous sentons livrés à nous-mêmes. On a peur pour nos enfants et nos biens «, tel était le leitmotiv de tous les citoyens approchés.

 

Dans la matinée, des groupes de manifestants ont réussi à investir la rue Mohamed Khémisti du Centre ville. Une panique s’en est suivie et une marée humaine courait dans tous les sens. La veille, ce sont les magasins des hautes marques qui ont été victimes d’actes de vandalisme. Le spectacle de jeunes investissant les grands magasins et emportant tout sur le passage a alarmé les Oranais. Dans cette atmosphère de non droit, les règlements de comptes ont été également de mise parmi les clans de la petite pègre. Plusieurs personnes ont été lynchées et délestées de leurs objets personnels en plein jour. Hier soir, les évènements qui étaient le propre des fiefs des supporters du Mouloudia ont fait tâche d’huile. Les quartiers de Gambetta, du Point du Jour, des Castors, de Seddikia..., jusque là épargnés, ont connu une nuit violente. Les jeunes de ces quartiers ont brûlé des pneus et érigé leurs barricades.

 

A Seddikia, le siège de la Direction régionale de la CNEP a été saccagé et une voiture de service qui était stationnée devant l’entrée, a été brûlée. Les agences et les bureaux de la CNEP ont, semble-t-il, été la cible privilégiée des émeutiers. Selon les habitants, le quartier a passé une nuit blanche sous les cris des émeutiers et les relents des gaz lacrymogènes. Ces émeutes n’ont plus la signification facile de la relégation du MCO mais elles sont le canal possible d’évacuer le marasme et la douleur dont sont victimes les jeunes, a déclaré un sociologue de la faculté d’Oran. Devant le siège de sûreté de wilaya, les familles des détenus ont observé un sit-in nonobstant les efforts de la Police à empêcher tout rassemblement de plus de trois personnes.

 

A Maraval, la nuit d’hier était des plus violentes. Les habitants sont intervenus à plusieurs reprises pour protéger des structures étatiques et privées des pilleurs. «Où sont les éléments de police ? Pourquoi n’y a-t-il pas de renforts suffisants pour maîtriser la situation ? « s’interrogent les Oranais. Les habitants du boulevard Abane Ramdane (Ex des Chasseurs) se sont également opposés, dans la nuit d’hier, aux manifestants. Armés de sabres et de matraques et épaulés par les propriétaires des boutiques, situés au bas des immeubles, les habitants du boulevard des Chasseurs ont pu chasser les pilleurs.

 

Le plus saugrenu de l’histoire, des scènes d’accolades anodines entre policiers anti-émeutes et des jeunes ont eu lieu spontanément hier soir sur la place des Victoires, lorsqu’une rumeur a fait état que la décision du championnat à blanc a été enfin prise. Enfin, les signes abscons du chaos sont nombreux.

 

La voix de l’Oranie du 29/05/08

 

 
 


 

 

 

 

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