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Khaled Nezzar.
(suite du Chapitre V)


 
Le sort qui doit être réservé à ce criminel
c'est mourir derrière les barreaux

Son ambition envahissante lui a permis de s'imposer comme le parrain incontesté de la mafia des généraux et son porte-parole. Effronté, il multiplie les conférences et déclarations de presse pour combler le déficit en communication dont souffre son clan. Evidemment, n'assistent à ses conférences de presse que des journalistes tirés sur le volet. Pas de place pour les contradicteurs.

Né en 1937 à Seriana dans les Aurès, le berceau de la révolution algérienne, d'où partait le premier coup de feu annonçant le déclenchement de la lutte armée pour la reconquête de l'indépendance de l'Algérie, Khaled Nezzar n'a pas jugé bon de suivre les centaines de jeunes Chaouias de sa région qui avaient pris les armes pour combattre l'occupant. A l'époque, il fallait être sourd et aveugle pour ne pas voir la féroce répression qui s'abattait sur les populations des Aurès. Une répression à laquelle était insensible le sergent Khaled Nezzar fils d'un sous-officier retraité de l'armée française.

Pourtant, il dit bien ne «jamais pouvoiroublier l’image de deux frères dont les corps étaient criblés de balles. C’était en août 1956, la veille de l’Aïd El Fitr. Je revenais de Strasbourg, en France, où j’avais passé mes vacances d’été. »* (Mémoires du général Khaled Nezzar. Page 29). Une année auparavant, il avait bien été témoin des bombardements de sa région par ses collègues aviateurs. « En août 1955, j’étais en vacances, quand je vis, pour la première fois des B29 –des bombardiers quadrimoteurs- bombarder les montagnes avoisinantes. »* (Idem).

Il est vrai, le fils du sous officier de l’armée coloniale était déconnectée de la réalité algérienne, comme il continue à l’être encore aujourd’hui. Dès son jeune âge, il se démarque des autres Algériens en fréquentant « une école réservée aux enfants de colon .»* (Mémoires du général Khaled Nezzar. Page 23)

Il a dû attendre quatre années (de novembre 1954 à avril 1958) pour se décider à rejoindre l'ALN dans des conditions douteuses.

Sa « désertion », ainsi que celle des autres officiers algériens qui servaient dans l'armée française, continue de susciter, à ce jour, beaucoup d'interrogations. C'est pourquoi, ces « déserteurs » ont toujours fait l'objet d'une grande méfiance de la part des maquisards.

 

Khaled Nezzar , lui-même le reconnaît dans ses Mémoires : « A l'école des cadres (...), nous eûmes la charge d'instruire les maquisards dans une ambiance peu facile. » (1)

Ancien sergent de l'armée coloniale, Nezzar est considéré par de nombreux officiers qui l'ont côtoyé comme un fieffé menteur. « Il s'est toujours présenté comme ancien sous-lieutenant de l'armée française, alors qu'il n'a jamais accroché ce grade sur ses épaulettes. Dans ses Mémoires, lorsqu'il évoque les lieux où il évoluait en tant que militaire français, il ne parle que du mess des sous-officiers » me fait remarquer un général a la retraite. « Il y avait (...) un capitaine dont j'ai perdu le nom (...) qui

nous avait concocté un dîner au mess des sous-officiers pour tenter de nous convaincre (...)  » (2) Plus loin, narrant son dernier jour sous le drapeau français, il écrit : « Dimanche matin, nous prîmes notre petit déjeuner au mess des sous-officiers (...) » (3) Tous les camarades qu'il évoque étaient des sergents.

 

Il se trahit encore lorsqu'il écrit : « Après Saint-Maixent, en mars 1957, j'étais aspirant à l'âge de dix-neuf ans et demi », et en dernière de couverture on découvre qu'il était sous-lieutenant une année plus tard, en 1958. Il n'explique pas, cependant, cette fulgurante promotion acquise en un temps record. Non-bachelier et indigène de surcroît, il est sous-lieutenant à l'âge de vingt ans et demi. S'il avait poursuivi sa carrière dans l'armée française à ce rythme, il aurait fini général à l'âge de trente ans. Quel prodigieux officier a perdu l'armée française !

Certes, il a fait partie de la « promotion Lacoste », comme il le reconnaît (voir page 32 de ses Mémoires), mais tout le monde sait que les sous-officiers qui ont bénéficié cette promotion étaient préparés par l'armée française pour rejoindre le FLN. Durant mes années de service dans l'armée algérienne, j'entendais souvent mes aînés parler de cette fameuse promotion dès qu'ils évoquaient les anciens de l'armée française. C'était perçu comme une insulte.

Ce passé, le général Khaled Nezzar a du mal à l'assumer. Pour les officiers anciens maquisards, « Nezzar est un traître, fils de traître ». Il le confirme lui-même : «  Alors que je passais quelques jours de vacances avant de rejoindre ma nouvelle école en France, des moudjahidine m'approchèrent (...) pour me demander de déserter les rangs de l'armée française et rallier la révolution. J'eus pour première réaction de me confier à mon père. (...) Il me voyait mal monter au maquis à mon âge ». (4)

 

Si lui ne pouvait pas monter au maquis sous prétexte qu’il était jeune, son père Rahal a-t-il mis son expérience de sous-officier en retraite au service de l’armée de Libération ? Pas du tout.

Et que dit-il, alors, du général Liamine Zeroual, originaire de la même région que lui, qui est monté au maquis à l’âge de seize ans ?

Pourquoi n’a-t-il pas suivi l’exemple de ses camarades de l’école des enfants de troupe qui ont répondu à l’appel du 19 mai 1956, comme il le souligne dans ses Mémoires. Son camarade de classe, Benacer Abdelawahab n’a-t-il pas rejoint les maquisards à l’âge de quinze ans ? Et dire qu’aujourd’hui, pour discréditer le sous-lieutenant Souaïdia, qui a dénoncé ses crimes dans une émission de télévision, il ne trouve rien d’autre à dire que ce jeune officier est le fils d’un ancien officier de l’armée française. Comme si lui ne l’était pas.

Celui qui devait être un bon tireur de fusil-mitrailleur a étonné tout son monde par sa fulgurante promotion. « Un jour, Si Abdennour,commandant de la 1 ère Région de la Zone 1 activant dans les régions de Blandan et de Annaba, m’aoua : « Lorsque je t’ai vu pour la première fois accompagnant Chadli, j’ai dit à mon entourage en plaisantant : qui est ce jeune homme ? Il ferait un bon tireur de fusil-mitrailleur 24/29. Mais je fus surpris d’apprendre que tu allais être mon supérieur ! ».5

D'instructeur rejeté par les éléments de l'ALN, il est en 1990, ministre de la Défense nationale, dépouillant le président de la République d'un poste stratégique convoité depuis longtemps par de nombreux officiers supérieurs. Ce poste, il le gagne après avoir dirigé le carnage du 5 octobre 1988 qui a coûté la vie à 500 jeunes manifestants. Cet assoiffé du pouvoir et sinistre sanguinaire pense-t-il au moins à ces jeunes victimes d’octobre qu’il a tuées ?

Sûrement pas. Lui qui a tué sa propre épouse, mère de ses enfants, d'une balle dans la tête, sous le grossier prétexte qu'elle collaborait avec les terroristes, n’a aucun sens de la vie humaine. Or, selon des officiers de la Sécurité militaire, le mobile de ce crime, en réalité, c'est son désir d'épouser une jeune femme médecin qui le soignait, dont il est l'aîné de plus de trente ans. Notre

général étant au-dessus des lois ne répondra jamais de ce crime devant la justice.

Parti de rien, l'ancien sous officier de l'armée française s'est retrouvé, trente ans après l'indépendance de l'Algérie, siéger au Haut Comité d'Etat aux côtés de l'un des plus vieux animateurs du mouvement nationaliste et l'un des fondateurs du FLN, Mohammed Boudiaf. Il n’hésitera pas à ordonner son assassinat.

Décérébré, drogué à la morphine « pour calmer mes nerfs » disait-il à l'officier qui l'accueillait en Tchéquie où il passait quelques jours de convalescence, après une intervention chirurgicales sur le cerveau, Nezzar, bien que gravement malade, n'est pas prêt de lâcher le pouvoir. Sa retraite est une fausse retraite.

Le pouvoir lui a tout donné, y compris la possibilité de disposer des officiers de l'armée pour ses services personnels et ceux de ses enfants. C’est ainsi qu’au début des années quatre-vingts, le lieutenant Dinar, jeune officier du commissariat politique de l'armée, est détourné de sa mission et chargé par Nezzar, alors chef de la 5 ème Région, d'assurer des cours de soutien à ses enfants. Quelques mois plus tard, il découvre de vieilles archives dans un local abandonné de l'armée et en avise le commandement. Le groupe de jeunes officiers chargé de l'exploitation de ces archives va de surprise en surprise. Le premier document fait état d'un viol commis par le capitaine Chadli Bendjedid, chef de la 5 ème Région en 1964, contre une jeune fille constantinoise. Le deuxième, puis le troisième document se rapportent à de graves délits dont les auteurs n’étaient autres que les chefs militaires de l'époque. Nezzar donne ordre de stopper l'opération et tente d’envoyer le lieutenant Dinar en prison.

L'ancien enfant de troupe de l'école de Koléa est aujourd'hui à la tête d'une fortune évaluée a plusieurs milliards. De nombreuses sources s'accordent à dire qu'il dirige un important trafic d'armes. Ce n'est pas sans raison qu'il est surnommé le général de l'armement. Sans pudeur aucune, il pleurniche devant les journalistes, au mois d’août 2001, sur le sort de ses enfants. « Ils sont au chômage par ce qu’ils sont les enfants d’un général » se plaint-il. L’un d’eux, Lotfi qui écume les discothèques d’Alger et s’exhibe avec un pistolet à la main sur les pistes de danses fera parler de lui en agressant Sid Ahmed Semiane chroniqueur au quotidien Le Matin. C’est sa manière à lui d’user du droit de réponse à un jeune journaliste qui a osé dénoncer son « papa » à travers ses écrits. Evidemment, fils du grand parrain de la mafia, il ne sera pas arrêté. Il bénéficie de l’immunité maffieuse.

 

Chapitre V
La Mafia des Généraux
Les Editions J.C Lattès (fevrier 2002)

1 - Les mémoires du général Khaled Nezzar. Page 41.
(Chihab éditions 1999).
2 - Idem. Page 34.
3 - Idem. Page 37.
4- Idem. Page 32
5- Idem page 47


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