Pour une histoire de caméras
Par Hichem Aboud
Il aura suffi qu’on limoge l’officier responsable de l’aéroport international de Beyrouth pour mettre le feu aux poudres et replonger le Liban dans la guerre civile après une vingtaine d’années de paix plus ou moins précaire.
Le difficile équilibre entre les différentes forces présentes dans un Liban multiconfessionnel et sous de multiples influences étrangères a été rompu dès lors que les lignes rouges ont été dépassées comme l’a souligné le chef du Hizbollah, Hassen Nasrallah dans sa conférence de presse du 8 mai.
Est-ce que le limogeage d’un officier de l’armée, qui est supposée être au-dessus des luttes partisanes, constitue un franchissement de la ligne rouge ? La réponse par l’affirmative, aussi surprenante soit-elle, n’est pas à mettre en doute. Cet officier occupe une place stratégique aux yeux du puissant parti chiite qui se glorifie de sa victoire contre le Tsahal en 2006 pour avoir résisté, seul, à l’invasion israélienne. L’officier était responsable de l’aéroport international de Beyrouth où le Hizbollah dispose d’une batterie de caméras de surveillance.
Ayant découvert ces caméras, le gouvernement de Fouad Siniora prend la décision de confisquer le matériel, de charger l’appareil judiciaire d’engager des poursuites contre son propriétaire qui n’est autre que le Hizbollah, et de limoger l’officier responsable du site aéroportuaire.
Pourquoi pareille décision ? La surveillance de l’aéroport international par le mouvement chiite dont l’obédience à Téhéran ne fait pas l’ombre d’un doute est considérée comme un acte d’espionnage au profit du régime iranien. L’accusation est grave et elle est vite retournée contre le gouvernement que Hassan Nassrallah n’hésite pas à qualifier ses membres de simples fonctionnaires chez les Américains et d’agents du MOSSAD et de la CIA. Pas moins que ça.
Au Liban lorsqu’on dit que les lignes rouges sont franchies on ne se limite pas aux échanges d’accusations. Surtout lorsqu’on considère que les intérêts stratégiques sont en péril. Et c’est le cas, cette fois-ci, pour le Hizbollah qui estime que la tentative de confiscation de son matériel de surveillance « n’est qu’un prélude au désarmement du mouvement. »
Commence, alors, le déploiement de force, dans les rues de la capitale libanaise de ce qu’il a été convenu d’appeler l’opposition. Un déploiement qui s’est effectué avec une facilité déconcertante à la faveur de la grève générale déclenchée le 6 mai et qui s’est transformée en mouvement de désobéissance civile.
Ainsi, des barricades apparaissent un peu partout dans les rues Beyrouth et sur les voies de communications stratégiques dont la route de l’aéroport international. Du coup, le pays du cèdre est coupé du reste du monde et plus aucun avion ne décollera vers et de Beyrouth.
C’est dire que l’équilibre des forces, au Liban, demeure très fragile et même si l’accord de Doha semble remettre les choses dans l’ordre, il n’en demeure pas moins que tant qu’il y a possibilité de faire usage des armes, la paix demeure précaire.
23/05/05 |