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Lettre ouverte à Mohamed Betchine
Ayant été cité et mis en cause tant par Benboualia que par tes larbins dans des écrits qu'ils n'osent pas signer, j'use de mon droit de réponse pour éclairer l'opinion publique sur ce litige qui t'oppose à ton ex-associé et ami.
Ancien cadre des services de sécurité, ayant exercé sous tes ordres à différents postes, dont celui de chef de cabinet, et, journaliste de profession, fondateur du premier quotidien de l'Est du pays, El Acil (dont le premier numéro a paru le 11 décembre 1992), j'estime que le moment est venu de mettre les choses au clair même si je ne me fais aucune illusion sur une quelconque poursuite judiciaire dont tu pourrais faire l'objet.
Avant de répondre au pensionnaire de la prison d'El Coudiat, c'est à toi que je me tourne, dans l'immédiat, du moment que tu es la cause de tout ce déballage.
A travers cette lettre ouverte, je m'adresse à l'homme et non au ministre-conseiller du président de la République. Car, à mon sens, il ne fait pas honneur à l'Algérie de compter dans ses institutions officielles un homme qui fait la une des journaux pour ses scandales financiers et ses abus de pouvoir. Il fallait que cela arrive un jour.
| Tu sais mieux que quiconque que je ne suis pas manipulable. Car si je l'étais, tu aurais été le premier à en tirer profit. En acceptant la manipulation, j'aurais connu le pouvoir et la fortune. Il suffisait d'accepter ta «caution morale», comme tu me le disais. |
Le bien dont vous m'avez dépossédé est aujourd'hui objet de litige entre toi et ton ancien acolyte Benboualia. Un litige qui ouvre toutes grandes les portes à un déballage médiatique dont tu ne tireras aucune gloire. Et si je m'étais gardé jusqu'ici d'intervenir dans cette polémique, au grand étonnement de tous ceux qui, dans les milieux de la presse ou dans les hautes sphères du pouvoir - qu'ils soient en activité ou en retraite -, savent très bien que j'ai fait partie du cercle restreint de tes proches, c'est que tout simplement j'ai préféré rester loin de cette polémique estimant avoir fait mon devoir en te dénonçant à travers mes écrits dans le quotidien Le Libre que j'ai fondé en janvier 1994 avant qu'il ne soit suspendu par «tes bons soins».
Tu sais mieux que quiconque que je ne suis pas manipulable. Car si je l'étais, tu aurais été le premier à en tirer profit. En acceptant la manipulation, j'aurais connu le pouvoir et la fortune. Il suffisait d'accepter ta «caution morale», comme tu me le disais. Autrement dit, me soumettre à ta volonté. M'effacer devant ton bon vouloir comme Benboualia et tant d'autres. Mais je ne suis pas de cette espèce d'hommes qui n'ont d'homme que le port du pantalon.
Donc il n'y a pas lieu de crier au complot et à la manipulation.Si aujourd'hui je me suis permis de briser le silence, c'est dans le seul but d'éclairer l'opinion publique sur ta relation avec Benboualia, étant donné que je suis le témoin principal et victime de cette association, d'une part, et dire halte à l'amalgame entre l'affaire Ali Bensaâd et celle de ton ex-associé, d'autre part.
| n'étant pas habitué à tirer sur les ambulances, je tiens à rappeler que je suis le premier à avoir dénoncé tes agissements néfastes à travers les colonnes du quotidien Le Libre en mars 1994 à la veille de ta nomination au poste de ministre-conseiller de Zeroual, alors président de l'Etat. |
Aussi, ce sont les accusations ô combien gratuites - et tu es bien placé pour le savoir - que me porte Benboualia, lorsqu'il dit que j'avais détourné 800 millions de centimes et que j'avais lancé le quotidien Le Libre grâce aux biens sociaux de la SARL Cirta-Com que j'aurais détournés. Tes larbins, également, ne trouvent pas autre chose à dire que de qualifier ma gestion d'El Acil de catastrophique. Sur quelle base fondent-ils leurs accusations ? Ne savent-ils pas que leur parrain a usé de la force et de l'abus du pouvoir pour s'approprier ce journal ?
Pour toutes ces raisons, je parle aujourd'hui.Il est vrai qu'à l'heure actuelle, Si Mohamed, tu es en perte de vitesse. Mais n'étant pas habitué à tirer sur les ambulances, je tiens à rappeler que je suis le premier à avoir dénoncé tes agissements néfastes à travers les colonnes du quotidien Le Libre en mars 1994 à la veille de ta nomination au poste de ministre-conseiller de Zeroual, alors président de l'Etat.
A un article intitulé «Zeroual choisit ses hommes» s'était ensuivie une polémique avec un de tes larbins qui officiait à El Acil dont tu venais de me déposséder avec la complicité de Benboualia. Une polémique vite étouffée lorsque j'ai évoqué ton rôle dans les massacres d'octobre 1988 et les tortures que tu avais dirigées à la caserne de Sidi Fredj aux côtés de l'ex-wali de Tipaza Kaddour Lahouel, beau-fils de Chadli Bendjedid.
A l'époque tu étais directeur central de la sécurité de l'armée. Les lecteurs du Libre se souviennent encore de cet article. Et les archives peuvent être consultées à la bibliothèque nationale et aux Archives des wilayas de l'est du pays.
Evidemment, je ne pouvais sortir indemne de cette guerre livrée à l'un des hommes les plus puissants du pays.
Fermeture du siège du journal Le Libre, qui se trouvait à Sétif. Mohamed Djebbari, l'ex-wali de Sétif, n'a pas de quoi tirer fierté de son larbinisme pour avoir exécuté tes ordres répercutés par l'ex-ministre de l'Intérieur Abderrahmane Meziane Chérif. S'ensuivent le harcèlement par l'appareil juridico-policier (trois condamnations à la prison pour délit de presse, toutes assorties en sursis et sont toujours en appel), la cessation de parution du Libre le 15 août 1994, décidée par la société d'impression de l'Est, qui, sous ta propre pression, n'arrêtait pas de me réclamer une caution de 156 millions de centimes.
Je profite de l'occasion pour rendre hommage au courage de l'ancien directeur général de la SIE, Merad Lezhar, qui t'avait défié en tirant Le Libre sur les rotatives de la SIE.
Tu te souviens bien de ce mercredi 5 janvier quand tu t'étais rendu en compagnie de Benboualia dans son bureau, lui intimant l'ordre de ne pas tirer Le Libre sous prétexte que je n'avais pas de quoi payer la caution. Il finira par payer ce courage quelques mois plus tard. Il sera tout simplement limogé. Il avait poussé l'audace jusqu'à oser demander aux nouveaux propriétaires d'El Acil que vous êtes d'honorer vos factures.
| Le commandant Karim du DRS m'avait dit textuellement : «Tu sais Hicham, il n'y a ni justice, ni rien du tout... Une balle dans la tête et la liste du GIA est toujours ouverte.» |
Le Libre a reparu le 1er novembre 1994 en hebdomadaire. Mais il sera vite suspendu sous ton instigation «pour une durée indéterminée» en violation de la loi qui limite la suspension au maximum à six mois. D'autres lois seront violées sous ton instigation, entre autres celle de la compétence du tribunal qui s'était saisi de l'affaire.
A l'époque, je subissais tes abus dans le silence le plus absolu. Le seul journal qui a eu le courage d'évoquer mon cas, c'était El Watan (édition du 14 novembre 1994). Il écopera injustement d'une suspension de quinze jours sans notification aucune. En suspendant mon journal, tu voulais me réduire au chômage et à la famine. N'est-ce pas là une autre forme de terrorisme ? Si les uns mettaient une balle dans la nuque d'un journaliste pour le réduire au silence, d'autres comme toi lui ôtent la vie en le privant de son moyen de subsistance.
Tu voulais me «briser», comme tu me le disais sous forme d'avertissement le jour où je t'avais refusé de prendre des parts dans El Acil. Ton harcèlement ne s'arrêta pas là.
Quand j'ai été accrédité par Le Quotidien de Paris comme correspondant permanent en Algérie, tu avais tenté de monter une cabale pour m'arrêter sous le fallacieux prétexte d'«intelligence avec une puissance étrangère». Et tu as fini par me contraindre à l'exil.
A l'heure où il médiatisait le litige Betchine-Benboualia, à la faveur de l'éclatement de l'affaire de Ali Bensaâd, ton ex-associé pensait sûrement que le témoin principal de votre association a été liquidé physiquement. C'était un projet qui mûrissait dans ta tête. N'est-ce pas ? Le commandant Karim, qui dirigeait le centre des investigations et des recherches de la 5e RM de la DRS, m'en avait averti lors d'une interpellation suite à un article où je dénonçais le limogeage de l'ex-DEC et chef de la daïra de Constantine, sous le titre «La mafia politico-financière frappe à Constantine».
Il n'y a rien d'étonnant à cela. Il m'avait dit textuellement : «Tu sais Hicham, il n'y a ni justice, ni rien du tout... Une balle dans la tête et la liste du GIA est toujours ouverte.»
En fait, je demeure un témoin gênant pour toi. Tu le sais très bien. Je connais beaucoup de choses sur toi. Te souviens-tu des cours d'alphabétisation que je te donnais à Djenane El Mithak, à la veille de la tenue de la réunion du Conseil maghrébin de sécurité, en juillet 1990 ? Mais ce n'est pas dans cette lettre que je vais tout évoquer. Le livre que je t'ai consacré sous le titre Au pays de la tchippa Betchine est roi sera bientôt dans les librairies. Donc, me comptant parmi les morts, Benboualia s'est permis d'apporter une version truffée de mensonges et tronquée d'une grande part de vérité.
Il joue au martyr, maintenant, en se mettant au même niveau que Ali Bensaâd.D'abord, il est bon de souligner qu'au moment où Ali Bensaâd dénonçait le tout-puissant maître de Constantine lors d'un meeting de l'ANR, Benboualia finançait la campagne électorale de Zeroual.
C'est lui-même qui l'avoue - et entretenait son acolyte Mohamed Betchine en lui offrant la somme de 3 500 000 DA et en lui payant une Mercedes à 250 000 FF. Quand Ali Bensaâd faisait l'objet de poursuites et de harcèlement judiciaires pour crime de lèse-majesté, Benboualia se réjouissait et applaudissait. Quand Ali Bensaâd était dans le camp adverse de Betchine, Benboualia était un des hommes-clés du clan Betchine.
| Je vous mets au défi, tous deux réunis, d'apporter la moindre preuve de votre apport financier au lancement d'El Acil. Tout ce que tu peux dire, c'est que tu m'as loué le sous-sol de la villa de ta mère par acte notarié pour la somme de 10 000 DA et la station PAO pour la somme de 250 000 DA par mois |
Donc Benboualia ne peut jamais être dans le camp de Bensaâd. Faire l'amalgame entre ces deux affaires, c'est ajouter de l'eau au moulin de ceux qui crient au complot contre Betchine.
Qu'en est-il de l'affaire Benboualia ?Avant de m'étaler sur les détails de cette affaire, voyons d'abord quelle était la nature des relations entre Betchine et Benboualia. Ce dernier affirme (voir El Watan du 1er octobre dernier) avoir «connu incidemment le ministre-conseiller de Zeroual un jour de l'année 1991 qui se plaignait de la cherté de la vie et qui prétendait ne vivre que de sa retraite, évaluée en 1991 à quelque 18 000 DA» ; et il ajoute : «Je pris en charge littéralement sa famille, ses enfants, etc.» Quelle générosité !
A le croire, Betchine était un pauvre général en retraite qui faisait la manche pour survivre. Il ignorait qu'un général en retraite devient plus puissant que lorsqu'il était en activité puisqu'il intègre le fameux «pouvoir occulte».
De son côté son beau-frère Tahar Hani nous dit que c'est Betchine qui avait demandé à Mohamed Diabi de lui présenter Benboualia. Qui croire des deux beaux-frères ? Passons sur cette contradiction et venons à l'essentiel.
Moi, qui t'ai connu alors que tu étais à la tête des services de sécurité et qui t'ai côtoyé après ta démission, je ne t'ai jamais entendu te plaindre d'un quelconque problème financier. A ta retraite, tu habitais une luxueuse villa à Haï El Mouchadjara (Sidi Mabrouk supérieur) à Constantine - que tu évaluais avant la dévaluation du dinar à un milliard de centimes -, tu avais, aussi, une villa à Moretti, que tu as cédée à ta fille Nadjette, épouse de Ghalib Djebbour, l'actuel directeur de L'Authentique.
Au plan financier, ton compte bancaire était bien garni, puisque tu avais vendu la villa de service que tu occupais quand tu étais patron de la DGDS, ainsi que la Peugeot 505 VS de service (pour 500 000 DA avant la dévaluation du dinar). Tu avais, aussi, acquis (pour zéro dinar) et vendu (pour 1 200 000 DA) un chalet meublé à Aïn El Bey. La vente d'une villa située à Bellevue (Constantine) et celle d'un bateau t'ont rapporté plus de un milliard de centimes.
Cela, outre les locaux commerciaux que tu as acquis à la cité Boussouf (au nom de ton frère Ali, qu'il n'a jamais exploités à son propre compte), à St-Jean au nom de ta fille Nadjette et un café à Aïn Smara au nom de ta sour Nadia. Je tiens à préciser que cet inventaire, c'est toi-même qui me l'avais fait pour justifier ta fortune que tu estimais légale.
C'était un jour, alors qu'on rentrait de Oued Seguen où nous avons visité ton usine de céramique. En parlant des détournements des biens de l'Etat commis par certains dirigeants du système, tu me disais : «Moi, mes biens je les ai acquis en toute honnêteté» (sic). D'ailleurs, permets-moi de te dire que je m'étais bien marré lorsque je lisais ta déclaration des biens dans les journaux. Donc, tu n'étais pas si pauvre, comme te décrivait Benboualia. Mieux encore, tu avais bénéficié de deux lignes de crédit italiennes, l'une pour construire une usine de céramique à Oued Seguen et l'autre pour construire une usine d'émail.
Cette dernière n'a jamais vu le jour. Par précaution, tu as préféré investir cette ligne de crédit en Italie, «pour me mettre à l'abri de toutes mauvaises surprises, car je ne leur fais pas confiance, ces salauds», me confiais-tu.
En plus de tout ça, tu bénéficiais du racket (on ne peut le qualifier autrement) auquel tu soumettais tes partenaires, dont Benboualia. Toi-même, tu m'avouais que l'actuel détenu du centre de rééducation d'El Coudiat t'avait donné trois milliards de centimes pour la construction de l'usine de Oued Seguen. Un autre entrepreneur t'avait payé le fer pour la somme de quatre-vingt millions de centimes.
| Tu voulais donner l'impression que tu contrôlais le journal, toi qui n'avais jamais osé mettre les pieds dans les locaux que tu me louais (le collectif d'El Acil peut témoigner). Lors de nos rencontres tu tentais, sous forme de conseils «d'un père à son fils», de me dissuader de m'attaquer de front au pouvoir. |
C'était en quelque sorte la «tchippa» qui te «revenait de droit». Car le sieur Benboualia avait bénéficié d'une ligne de crédit pour l'importation du rond à béton grâce à ton appui. Et c'est grâce à ce même appui qu'il avait réussi à obtenir de l'argent frais d'entreprises publiques (avance sur vente) pour le dépôt de garantie. Et ça, il ne le dit pas dans ses lettres de prison.
Bien au contraire, c'était toi qui l'aidais à faire fortune tout en le prenant en charge. Je t'ai même vu lui payer le voyage Constantine-Rome et lui donner la somme de 500 FF pour ses frais de séjour. Tu détenais à l'époque, malgré ta mise à la retraite, la carte visa que tu avais en tant que patron des services. Tu me disais qu'il ne restait pas grand-chose dans le compte, «seulement cinq millions» (de centimes et en francs français, dois-je préciser).
De quelle «hallucinante machination judiciaire» parle Benboualia ?De son expropriation de la Sarl Cirta-Com ? Interrogeons-le d'abord comment il s'est trouvé associé 50/50 avec Mme Guedidi Aïcha-Baya, ton épouse, lui qui de son propre aveu ne «l'a rencontrée en tout et pour tout que quatre ou cinq fois pour lui présenter ses voeux à l'occasion de l'Aïd». Peut-il affirmer qu'il était présent ou témoin lors de l'enregistrement de la constitution de cette Sarl ? Peut-il dire comment et qui l'a dénommé Cirta-Com et pourquoi cette dénomination ? Je te laisse le soin de répondre, Monsieur Betchine.
Je vous mets au défi, tous deux réunis, d'apporter la moindre preuve de votre apport financier au lancement d'El Acil. Tout ce que tu peux dire, c'est que tu m'as loué le sous-sol de la villa de ta mère par acte notarié pour la somme de 10 000 DA et la station PAO pour la somme de 250 000 DA par mois - une station que tu avais achetée de tes propres deniers. Benboualia n'a pas mis un sou... Je suis témoin.
Comment tu t'es trouvé co-propriétaire d'El Acil avec Benboualia ?La parution d'un journal qui prenait de l'ampleur dans une ville considérée comme le fief de Betchine, où rien ne se fait sans sa volonté, incommodait le général en retraite. D'autant plus que la ligne éditoriale était hostile au régime et à tous les clans du pouvoir.
Tu voulais donner l'impression que tu contrôlais le journal, toi qui n'avais jamais osé mettre les pieds dans les locaux que tu me louais (le collectif d'El Acil peut témoigner). Lors de nos rencontres tu tentais, sous forme de conseils «d'un père à son fils», de me dissuader de m'attaquer de front au pouvoir. Irrité par mon entêtement à ne jamais tenir compte de tes conseils, tu as pris tes distances avec moi, jusqu'au jour où tu m'avais rencontré dans le bureau de Benboualia.
| Au CNRC de Constantine on refusa de me délivrer un registre de commerce. Le préposé au service ne trouva d'autre mot que de me dire : «Excusez moi, monsieur Aboud, ça vient d'en haut» et ce, en présence de mon avocat Me Kherrab Abelhakim qui peut témoigner de la lutte qu'il avait menée à mes côtés pour faire face aux obstacles que me dressaient les symboles de la mafia politico-financière de Constantine. |
Ce jour-là, tu m'avais demandé de te donner des parts dans le journal. Devant mon refus, tu m'avertissais : «Il (les clans du pouvoir) vont te broyer. Si jusqu'ici ils t'ont rien fait c'est grâce à moi. Ils pensent que je suis derrière toi. Tu as besoin de ma protection.» Et quand je t'avais demandé quel serait ton approt, tu m'avais répondu : «J'apporte la caution morale (sic). Sous ma protection personne ne touchera à toi. Benboualia prendra lui aussi des parts, il mettra de l'argent pour monter une unité de distribution et une édition en arabe d' El Acil. Nous aurons une grande entreprise dont tu seras le PDG.»
En refusant cette proposition, je savais à quoi m'attendre. T'ayant refusé de prendre des parts dans la Sarl Cirta-Com, tu avais débarqué le soir du 2 novembre 1993 dans mon bureau en compagnie de Benboualia. Tu m'avais demandé d'évacuer les locaux dans les 24 heures sous prétexte que tu en avais besoin. M'attendant à cette réaction, j'avais auparavant présenté une demande pour l'obtention d'un local à la maison de la presse de Constantine. Passons sur les conditions d'évacuation et les tentatives de corruption du personnel.
El Acil avait cessé de paraître le 3 novembre 1993. En moins d'un mois, des statuts falsifiés sont enregistrés. Un registre de commerce est établi et pour finir quelques mercenaires de la plume - qui seront plus tard renvoyés comme des malpropres - et le 27 novembre réapparaît El Acil sous un nouvel habit. Un véritable acte de banditisme venait d'être commis.
Et voilà qu'aujourd'hui son complice et homme de main m'accuse d'avoir détourné huit cents millions de centimes. Si vraiment j'avais détourné cette somme et plusieurs autres millions, il aurait été très facile à Benboualia et Betchine de m'envoyer en prison, comme c'est le cas du premier nommé aujourd'hui. Et puis si cela était le cas, c'était bien mon propre journal. Que raconte le milliardaire délinquant ?
Par la suite, vous avez tout fait pour m'empêcher de créer un journal à Constantine. Benboualia agissant en homme de main de son maître avait tout tenté. Il est intervenu auprès du directeur de la maison de la presse (il est toujours en vie et peut témoigner) pour qu'il ne me loue pas des locaux. Au CNRC de Constantine, on a refusé de me délivrer un registre de commerce. Le préposé au service ne trouva d'autre mot que de me dire : «Excusez moi, monsieur Aboud, ça vient d'en haut» et ce, en présence de mon avocat Me Kherrab Abelhakim qui peut témoigner de la lutte qu'il avait menée à mes côtés pour faire face aux obstacles que me dressaient les symboles de la mafia politico-financière de Constantine.
| Si aujourd'hui je suis libre, sain et sauf, et tu n'as rien pu faire contre moi malgré la mobilisation de tous les appareils de l'Etat contre ma personne, c'est tout simplement parce que je n'ai trempé dans aucune affaire scabreuse avec toi. |
J'étais obligé dès lors à élire siège à Sétif pour obtenir un registre de commerce dans cette ville où je comptais un important lectorat.Ayant appris que mon journal allait s'intituler El Acil Libre, Benboualia, qui se plaint aujourd'hui de la manipulation de la justice, a-t-il oublié cette fameuse décision qu'il avait sortie du tribunal de Constantine, grâce à ton appui, ordonnant que toute publication ayant pour titre ou sous titre El Acil soumettra son auteur à des poursuites judiciaires ?
Lui qui parle aujourd'hui d'association de malfaiteurs, a-t-il oublié cette bande de voyous armés de barres de fer qu'il avait envoyée pour m'attendre devant l'imprimerie de Constantine pour empêcher la parution du premier numéro du Libre ? J'étais obligé d'attendre jusqu'à deux heures du matin pour ramener les clichés à l'imprimerie.
Si aujourd'hui je suis libre, sain et sauf, et tu n'as rien pu faire contre moi malgré la mobilisation de tous les appareils de l'Etat contre ma personne, c'est tout simplement parce que je n'ai trempé dans aucune affaire scabreuse avec toi.
Tu n'a pas trouvé la moindre faille à exploiter et m'envoyer en prison.A chaque fois que tu tentais d'instrumentaliser les appareils de l'Etat pour me réprimer, les agents chargés d'exécuter la basse besogne qu'on veut leur assigner finissent par se rendre compte qu'il ne s'agit que de cabale et de coup fourré venant de toi.
D'ailleurs, lors de mon interpellation du mois de novembre 1994, les inspecteurs et officiers du commissariat central d'Alger chargés de mon audition ont vite compris qu'il s'agissait d'une machination. Ils n'ont ménagé aucun effort pour me soutenir moralement. J'étais libre de tous mes mouvements durant la garde à vue. Je sortais en ville pour aller dîner ou pour prendre mon petit déjeuner. Je n'ai pas passé une seule nuit dans les geôles.Et la troisième nuit, ils ont cotisé pour me payer une chambre à l'hôtel El Aurassi.
Oui, je demeure reconnaissant envers ces policiers qui font honneur à leur corps et à l'Algérie. Ils ont refusé de servir d'instrument à une machination montée par un homme qu'ils disent vomir bien que l'affaire était suivie de très près par le directeur général de la sûreté nationale en personne, le sieur Ouadah Mohamed, qui voulait faire plaisir à «Si Betchine».
| Monsieur Betchine, tes larbins disent que tu as des dossiers. Sors les et si tu en as un me concernant, n'hésite pas à le sortir ! Chiche... |
Au tribunal d'Alger, j'ai découvert que la justice n'était pas si pourrie que le prétend, présentement, Benboualia.
Malgré l'insistance du procureur général-adjoint Ben Hammou, qui tenait à ce que je sois écroué, j'ai eu affaire à un juge d'instruction (M. Hadji) dont je salue la probité et l'honnêteté.Il avait refusé de me mettre sous mandat de dépôt.
Ayant compris de quoi il s'agissait, il m'avait libéré sur-le-champ. Je salue aussi le courage et la probité de la présidente de la cour qui, ayant à juger mon affaire, moi qui étais poursuivi pour le délit «d'atteinte à l'ordre public, la sécurité publique et les intérêts supérieurs du pays», m'avait acquitté sans avoir besoin de mettre en délibération.
Si j'ai eu droit à ce traitement de la part de l'appareil policier et judiciaire, c'est tout simplement parce que je suis propre. En fréquentant Betchine, je ne me suis pas sali. Encore une fois, je vous mets au défi, tous deux réunis, pour me démentir.
Monsieur Betchine, tes larbins disent que tu as des dossiers. Sors les et si tu en as un me concernant, n'hésite pas à le sortir ! Chiche... Que Benboualia donne les preuves du détournement dont il m'accuse. Je n'ai ni villa ni commerce en mon nom ou au nom d'un de mes proches.
Qu'aurais-je fait de tout cet argent si je l'avais détourné. Benboualia a été dépossédé de la Sarl Cirta-Com de la même manière qui'l avait été utilisé contre moi. Il y a bien une justice divine ! A la différence que lui a fini derrière les barreaux et moi je suis toujours libre.
Son conflit avec toi n'a pour origine ni le détournement qu'aurait commis ton fils Ahmed, ni des raisons politiques, ni sa demande de remboursement de tes dettes.La règle chez la mafia politico-financière veut que celui qui occupe un poste politique ne verse pas un centime quand il s'associe dans une affaire. Sa seule contribution c'est «la caution morale» comme tu le disais.
| Pourquoi ne te demande-t-on pas des comptes, monsieur Betchine, sur les tortures que tu as fait subir en masse à des centaines de jeunes Algériens dans la caserne de Sidi Fredj lors des évènements d'Octobre 1998 ? As-tu remboursé les deux lignes de crédit italiennes (ça fait partie de la dette de l'Algérie) ? Peux-tu justifier l'origine de ta fortune |
Quant à ton insturmentalisation des appareils de l'Etat, ce n'est pas nouveau. De tout temps tu t'es comporté en véritable monarque à Constantine. Quand ça servait ses intérêts, Benboualia se réjouissait. Il en abusait même. C'est ce qui a causé sa ruine, aujourd'hui.
Lui-même avoue qu'il a toujours vécu à l'ombre des détenteurs du pouvoir politique. Il se lança dans les affaires en s'associant avec le défunt Salah Soufi. Après c'est avec Betchine. A quel titre et pourquoi finançait-il la campagne électorale de Zeroual ? Tout simplement parce qu'il sait que ta force face aux autres clans du pouvoir tu la puises de la présence de Zeroual. Et lui, il puise sa force de ton poste de ministre-conseiller du président de la République.
En conclusion : il n'y a aucun motif pour établir un parallèle entre l'affaire Ali Bensaâd et celle de Benboualia. Il y a d'autres victimes de ton arbitraire. Il n'y a qu'à demander à Brahim Djefal, l'ancien wali de Constantine, pourquoi a-t-il été limogé et sa carrière brisée. Il n'y a qu'à demander à Lezhar Merad, qui a été à l'origine de son éviction du poste de directeur général de la Société d'impression de l'Est. Qui a ordonné la suspension du quotidien Le Libre et m'a contraint à l'exil ?
Pourquoi ne te demande-t-on pas des comptes, monsieur Betchine, sur les tortures que tu as fait subir en masse à des centaines de jeunes Algériens dans la caserne de Sidi Fredj lors des évènements d'Octobre 1998 ? As-tu remboursé les deux lignes de crédit italiennes (ça fait partie de la dette de l'Algérie) ? Peux-tu justifier l'origine de ta fortune ? C'est à toi et toi seul de répondre à ces questions.
Il n'y a aucune obligation de réserve à invoquer monsieur Betchine. Bill Clinton, président de la première puissance mondiale, n'a pas invoqué d'obligation de réserve pour répondre des accusations qu'on portait contre sa personne. Donc il n'y a aucune excuse à ton silence. Et ne t'aventure surtout pas à dire que tu te remets à la justice pour dénonciation calomnieuse. J'ai tous les documents et les témoins pour prouver tout ce que je viens d'écrire. Et tu le sais très bien.
Je ne veux pas de réponse de tes larbins. A ceux là, je leur demande de se taire. Je ne polémique pas avec les larbins. Tôt ou tard, ils connaîtront le même sort que Benboualia.
Tu dois parler. Il y va de ton honneur. Quant à Benboualia, il ferait mieux de se taire. Il doit prier pour que son ancien acolyte rende compte un jour de ses méfaits en allant prendre un numéro d'écrou à son tour. Ce jour là, tous les Algériens croiront en l'avènement d'un Etat de droit.
Pour conclure, je tiens à souligner que je suis prêt à toute confrontation publique avec toi. Moi, je ne détiens pas de dossiers, je détiens seulement les documents attestant de la véracité de tout ce que j'ai écrit.
Et, s'il arrive quoique ce soit à moi ou à un membre de ma famille, je tiendrai pour seul responsable Mohamed Betchine. Je tiens pour témoin l'opinion publique nationale et internationale.Cette lettre est adressée aux quotidiens algériens El Watan, Le Matin et El Khabar pour publication, aux grands titres de la presse étrangère, aux organisations internationales à titre d'information.
Paris le, 13 octobre 1998
Hicham Aboud
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