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Smaïl Lamari.

L'artisan des négociations avec l'Armée Islamique du Salut n'est, en fait, qu'un exécutant des décisions du club des onze. Son entrée dans ce club, le général Smaïl la doit à son appartenance à ces mythiques services de sécurité. Lui et Tewfik, sont les seuls du groupe des décideurs à n'avoir pas revêtu l'uniforme français. Bien que le général Mohamed Betchine soutienne le contraire en les accusant d'avoir fait partie des enfants de troupe. Une thèse que ne confirme aucune autre de mes sources et que je qualifie de douteuse, tant leur accusateur a de vieux comptes à régler avec ces deux hommes qui ne sont pas plus propres que lui.

Fils d'un chauffeur de taxi, Smaïl Lamari est issu d'une famille modeste originaire de Beni Slimane, dans la région du Titteri, comme beaucoup d'habitants d'El Harrach, ce quartier populaire et populeux de la banlieue Est d'Alger. Un quartier où il était connu pour le soutien désintéressé, qu'il apportait en tant que supporter au deuxième club harrachi, le CREH. Il s'est engagé très jeune dans l'ALN, en 1961. A l'indépendance, il fait un passage d'une année dans la police, avant de s'engager dans la marine nationale. Il est OS (officier de sécurité) dans l'unité où il sert. L'adjudant Smaïl Lamari bénéficie d'une formation spéciale destinée aux sous officier pour obtenir le grade de sous-lieutenant dans les années soixante-dix.

Technicien du renseignement, il a toujours évolué dans les services opérationnels. Ce qui fait qu'il est derrière tous les coups tordus et la sale besogne au service d'un pouvoir qui puise sa force de la répression, de l'infiltration et de la manipulation.

 

Même s'il veut se montrer proche de ses hommes, nombre de ses collaborateurs, notamment les jeunes officiers politisés, lui vouent une haine sans limite. « Il a beaucoup changé depuis les évènements de 1992 » disent beaucoup d'entre eux. D'autres, par contre, l'apprécient pour avoir su, toujours, les protéger. Le cas de l'assassinat du président Boudiaf en est la parfaite illustration. Aucun des collègues ou des supérieurs de l'assassin n'a été inquiété. Ce ne sont pas les trente jours qu'ils ont passés aux arrêts, pour les besoin du scénario, qui me démentiraient.

Il est depuis longtemps l'interlocuteur officiel de la DST. Betchine l'accuse d’intelligence avec les services français.

Ceux qui l'ont connu de prés, et j'en suis un, témoignent que le général Smaïl n'a jamais donné l'impression d'être convaincu de la justesse des actions qu'il mène contre les mouvements d'opposition. Il ne fait qu'exécuter des ordres en « bon militaire discipliné » qui tient à son poste. Un poste qu'il a failli perdre en 1989 et en 1990, lorsque Betchine sur instruction « venues d'en haut » le démet de ses fonctions. Deux années plus tard, il est le numéro deux du DRS (Département du Renseignement et de la Sécurité), nouvelle dénomination de la direction de la sécurité militaire.

Hormis une entreprise d'importation de médicaments au nom de sa fille Latifa, qui vit beaucoup plus en France qu'en Algérie, on ne sait pas ce qu'il fait de l'argent qu'il amasse. Même ses frais de missions quand il se déplace à l'étranger, il ne les dépense pas. Il rackette les officiers en poste à l'étranger.

L'un d'eux m’a raconté que, lors de l'un de ses passages en Allemagne, il fit preuve d'une voracité jamais vue. Non content de s'être payé un costume d'une valeur de sept mille francs, des vêtements de luxe pour lui et pour sa famille, et douze flacons de parfum de grandes marques, il a demandé à un sous-officier de lui acheter un pyjama qu'il avait vu en vitrine mais n'avait pu prendre avec lui, le magasin étant fermé. Evidemment, tous ses achats, qui s'élevaient à plus de vingt mille francs étaient réglés par l'attaché militaire.

Gravement impliqué dans de nombreux crimes mafieux, le général Smaïl a fini par se faire une place dans le clan des onze. Celui qu'on surnommait « colonel schkouppi»* est, aujourd'hui, un homme fort du régime.

 

Chapitre V
La Mafia des Généraux
Les Editions J.C Lattès (fevrier 2002)

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*Le général Smaïl utilise souvent le mot t'chkouppi, qui veut dire en algérois : « c'est du vent ».

 


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