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Chronique
 

 

Le trublion Kadhafi saborde l’Union Pour la Méditerranée

Par Hichem ABOUD

 

Le colonel libyen,  qui dit «Nous ne sommes ni pauvres ni affamés pour courir derrière les Européens. Ce sont eux qui ont besoin de nos ressources naturelles», n’ignore sûrement pas que c’est bien la misère et la famine qui poussent les centaines de jeunes qui tentent de traverser la méditerranée au péril de leur vie.

 

Frappé par un strabisme politique, qui l’orientait vers une nation arabe introuvable et encore moins réalisable avant de se tourner, déçu de ses multiples échecs, vers un Afrique plus divisée et minée par des conflits internes insolubles, le colonel libyen vient de se distinguer sur la scène régionale par son rejet de l’Union Pour la Méditerranée (UPM) à l’issue du mini-sommet qu’il a convoqué chez lui le 10 juin dernier.

 

Promoteur d’une fusion avec l’Egypte de Nasser, son guide spirituel,  architecte de l’union avortée avec la Tunisie et initiateur d’une union imaginaire avec le Maroc et d’une autre non moins virtuelle avec le Yémen, le colonel Kadhafi est connu pour son obsession unioniste. Tellement obsédé qu’un beau jour il a été voir feu Houari Boumediene, alors président non encore élu de l’Algérie, pour lui dire « je te prie de considérer, à partir d’aujourd’hui, la Libye comme un département de l’Algérie au même tire que Constantine ou Oran ». Une offre rejetée par le président algérien en dépit de ce qu’elle représente comme avantages pour l’Algérie.

 

L’Union Pour la Méditerranée ne serait-elle pas une aubaine pour ce farouche unioniste ? Ne serait-il pas le défenseur tout désigné d’un projet d’union entre les pays de la rive sud de la méditerranée et l’Europe ? Son désir de se rapprocher de l’Europe avec une nouvelle virginité ne pousserait-il pas le colonel libyen à vouloir jouer les premiers rôles dans ce projet grandiose ?

 

Pas besoin d’être grand clerc pour deviner la réponse de n’importe quel jeune marocain, algérien ou égyptien si on venait à lui demander ce qu’il pense d’un rapprochement entre les pays européens et ceux de la rive sud de la méditerranée. Et ce n’est pas la Libye de Kadhafi qui fascine ces centaines de jeunes qui rêvent d’un ensemble méditerranéen qui leur facilitera, dans un proche avenir, la circulation entre les deux rives.

 

Il est vrai que les gouvernants arabes, à leur tête le trublion colonel libyen, sont complètement coupés des réalités de leurs peuples. Des dirigeants despotiques qui s’imposent et perdurent au pouvoir par la force des armes et en violation des droits de l’homme. Eux, qui ont pris en otage leurs peuples, décident selon leur bon vouloir sans tenir compte des nouvelles donnes stratégiques qui font que  l’avenir appartient aux grands ensembles géographiques.

 

Quand on constate que ces régimes dictatoriaux ont été incapables d’assurer un minimum pour jeter les bases d’une union vitale entre leurs pays qui ont pas mal de point en commun, il n’y a, vraiment, aucun espoir de les voir tendre vers un projet d’union qui les rapproche d’une Europe dont ils n’aiment que les banques qui gardent au secret leurs comptes bien garnis par des deniers volés à leurs peuples.

De quelle Ligue Arabe parle le colonel Khadafi quand il motive son rejet de l’UPM en proposant un dialogue entre un ensemble virtuel et l’Union européenne dont un grand nombre de ses membres ont adopté une monnaie unique et banni les frontières dans le cadre de l’espace Schengen ? De quelle Ligue arabe parle-t-il alors qu’un citoyen soudanais, qui a consacré toute sa vie à la construction des Emirats Arabes Unis, ses enfants nés dans ce pays n’ont pas  droit à la scolarité et aux soins gratuits ? De quelle Ligue Arabe parle-t-il lorsque la circulation des personnes entres les pays arabes est soumise au visa d’entrée ?

 

Les peuples, dont le colonel Kadhafi et ses pairs réunis à Tripoli se sont érigés en porte-parole, savent bien que la Ligue Arabe est une coquille vide incapable de résoudre le plus banal des différents opposants ses membres.

 

Il en est de même de la pseudo Union Africaine qui n’existe que dans l’imaginaire d’un colonel mégalomane qui rêve d’imposer sa vision étriquée à un continent dont il ne connaît absolument rien. Cette Union Africaine est incapable d’éteindre le feu des guerres fratricides qui endeuillent continuellement le continent noir suffisamment éprouvé par la faim et la misère.

 

Ni la Ligue Arabe ni l’Union Africaine dont sont membres l’Algérie et le Maroc, n’ont réussi à raisonner les deux voisin pour ouvrir leurs frontières terrestres fermées depuis près d’une quinzaine d’années comment pourrait-elles s’élever au niveau d’un projet aussi important que celui de l’UPM.

 

Pour le dictateur libyen, les projets économiques «brandis par les Européens» ressemble à du «mépris à l’égard des pays arabes». L’Irlande qui était l’un des pays les plus pauvres d’Europe s’est hissé au rang des pays les plus riches du vieux continent à la faveur de son intégration à l’Union Européenne, n’avait pas jugé les projets européens sous le même angle que Kadhafi.
 
Le colonel libyen,  qui dit dans sa langue de bois «Nous ne sommes ni pauvres ni affamés pour courir derrière les Européens. Ce sont eux qui ont besoin de nos ressources naturelles», n’ignore sûrement pas que les centaines de jeunes qui tentent de traverser la méditerranée à bord d’embarcations de fortune ne le font pas de gaieté de cœur. C’est bien la misère et la faim qui les poussent à mettre leur vie en péril.

 

Quant aux ressources naturelles dont parle le colonel, elles n’ont jamais profité aux peuples qui continuent d’habiter les taudis et se nourrir dans les poubelles. Kadhafi n’est jamais venu au secours de ces populations affamées et mal soignées.


En torpillant le projet de son « cher ami, le président français », quel est le dessein de celui que ses pairs qualifiaient, il n’y a pas longtemps, de fou ? Cherche-t-il à faire entendre parler de lui sur la scène internationale d’où il était éjecté durant une langue période parce que l’administration américaine classait la Libye parmi « les pays voyous » à cause de son comportement ? Est-ce une manière de se replacer sur l’échiquier régional en s’imposant à ses pairs qui hésitent à se prononcer sur le projet de l’UPM pour différentes raisons ?

 

Les deux hypothèses sont plausibles dans la mesure où c’est la première fois depuis des lustres que Kadhafi parvienne à organiser un mini-sommet chez lui. Une rencontre que le président égyptien, ayant flairé le coup du leader libyen, a préféré zapper tout comme le monarque marocain, fervent adepte du rapprochement avec l’Europe, s’est contenté d’envoyer son premier ministre.

Quant aux présents, tout en s’abstenant de faire le moindre commentaire sur les déclarations du colonel Kadhafi, à un mois du sommet de Paris, ils continuent d’entretenir le doute sur leurs véritables intentions d’adhésion à un projet qui pourrait augurer d’une relance de développement des pays de la rive sud de la méditerranée.

14 juin 2008

 

Journée maghrébine dites-vous ?

 

Par Hichem Aboud

 

Entre l’Algérie et le Maroc les frontières sont fermées. Ce qui signifie concrètement qu’un citoyen habitant la ville frontalière de Maghnia pour se rendre à Oujda la ville voisine de l’autre côté des frontières, il doit se rendre à Alger pour prendre l’avion à destination de Casablanca pour remonter vers le nord Ouest marocain après avoir traversé la moitié du territoire marocain. Ainsi ont voulu les gouvernants algérien au nom de…la dignité de l’algérien. La bonne blague.

 

Entre la Tunisie et l’Algérie, les frontières ne sont pas fermées mais c’est tout comme… Pour passer de la Tunisie vers l’Algérie ou dans le sens contraire, le pauvre quidam doit passer avec succès quatre barrages. Deux policiers et deux douaniers. Soit deux de chaque côté de la frontière. Pas moins d’une heure dans le meilleur des cas. Et gare à celui qui haussera le ton avec le douanier ou le pafiste. Il peut être refoulé sans ménagement et sans recours. Sinon, c’est la garde à vue et tout ce qui s’en suit.

 

Avec la Libye sœur, « le guide de la révolution » ne cesse d’appeler à l’abolition des frontières, mais il est le premier à les fermer au premier couac avec ses homologues chefs d’Etat, à la face des pauvres citoyens. Et pis encore, dès que vous posez le pied en terre libyenne, on vous fait connaissance de la violation des doits de l’homme les plus élémentaires. Il vous est interdit de faire rentrer un journal de quelque nature que ça soit du pays frère voisin. Tu seras soumis durant ton séjour à la littérature gueddafienne de gré ou de force.

 

Entre pays maghrébins on ne cesse de se lancer les « Maroc frère », « Algérie sœur », « nos frères tunisiens » etc. Mais, dans les faits, nos gouvernants font tout pour nous séparer et nous dresser les uns contre les autres. Si l’espace maghrébin demeure le seul espace au monde où les populations sur toute cette étendue géographique, portent les mêmes noms de famille, parlent les mêmes langues et les mêmes dialectes, ont la même religion et aussi le même faciès, puisqu’on parle de type maghrébin,  il n’en demeure pas moins que rien n’est fait pour faire disparaître les frontières, adopter une monnaie unique et libérer les déplacements des biens et des personnes.

 

En Europe, où les différences de culture, de langue et de coutumes sont légion, cela n’empêche pas le français d’aller faire son plein d’essence en Belgique, ou d’acheter ses cigarettes au Luxembourg. A Lille, dans le nord de la France, le train est, chaque matin, bondé d’enfants scolarisés à Tournai. De l’autre côté, des centaines de Français qui profitent de la qualité de la vie belge, se rendent chaque matin à leur lieu de travail en France. Faire Lille-Tournai ou Roubaix-Mouscron c’est comme un algérois qui prend le train de banlieue pour se rendre de Hussein-Dey à Reghaïa avec évidemment plus de confort.

 

Cette petite comparaison suffit pour nous rendre compte de l’énorme retard accusé en matière d’unification de cet espace géographique dont les citoyens ne demandent qu’à voir se réaliser le dixième des promesses des gouvernants en matière de construction de l’unité maghrébine. Une unité que seuls les gouvernent empêchent de se réaliser pour des raisons difficiles à comprendre dans la mesure où ils sont tous champions en matière de répression des libertés démocratiques.

 

Quand j’entends parler, du côté officiel, d’unité maghrébine je ne peux m’empêcher de rire par… dépit. Et je me marre encore en apprenant que la Tunisie célèbre, seule, la journée du Maghreb comme une orpheline, alors que le Maroc et l’Algérie ignore totalement cette célébration. Une célébration que j’ai apprise en consultant le sympathique blog de mon ami Zied que je vous invite à découvrir.

 

01 juin 2008

 

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